Isaac Hammouch- Irak : un État entre renaissance et rivalités géopolitiques

By The European Times | Created at 2026-07-18 16:47:07 | Updated at 2026-07-19 02:03:16 14 hours ago

Le pari d’Ali al-Zaidi face à l’Iran, aux États-Unis et aux fragilités d’un pays en reconstruction L’Irak est aujourd’hui l’un des pays les plus stratégiqu…


Le pari d’Ali al-Zaidi face à l’Iran, aux États-Unis et aux fragilités d’un pays en reconstruction

L’Irak est aujourd’hui l’un des pays les plus stratégiques du Moyen-Orient. Sa position géographique, ses immenses ressources pétrolières et son histoire en font un acteur central des équilibres régionaux. Depuis la chute de Saddam Hussein en 2003, le pays cherche à reconstruire un État capable d’exercer pleinement son autorité tout en résistant aux influences extérieures. Les rivalités entre les États-Unis et l’Iran se déploient largement sur le territoire irakien, mais elles ne suffisent pas à expliquer la complexité de la situation. Les fractures politiques internes, la corruption, les défis économiques et les questions de sécurité jouent un rôle tout aussi déterminant.

Sous Saddam Hussein, l’Irak reposait sur un système extrêmement centralisé. L’État contrôlait l’armée, les services de sécurité, l’administration et l’économie. Cette centralisation assurait une capacité de décision rapide mais s’accompagnait d’une forte répression politique et d’une absence de libertés publiques. Les guerres successives, les sanctions internationales puis l’invasion de 2003 ont profondément fragilisé cet édifice.

Après 2003, la dissolution de l’armée et la débaassification ont laissé un vide institutionnel considérable. Le nouvel ordre politique, fondé sur un partage du pouvoir entre les principales composantes de la société irakienne, a permis l’organisation d’élections et la mise en place d’institutions démocratiques. Toutefois, ce système a aussi favorisé la fragmentation du pouvoir, le clientélisme et l’émergence de réseaux politiques concurrents qui ont progressivement affaibli la capacité de l’État à imposer une autorité unique.

Aujourd’hui, le gouvernement fédéral partage de fait l’espace politique avec de nombreux acteurs : partis, autorités régionales, tribus, institutions religieuses et différentes composantes des Forces de mobilisation populaire. Cette réalité rend toute réforme particulièrement difficile. Gouverner l’Irak consiste souvent à rechercher un équilibre permanent entre des intérêts parfois contradictoires.

Dans ce contexte, le Premier ministre Ali al-Zaidi s’est donné pour objectif de restaurer l’autorité de l’État. Son discours met l’accent sur la lutte contre la corruption, la modernisation de l’administration, le développement économique et le renforcement des institutions. Son gouvernement cherche également à attirer davantage d’investissements étrangers afin de diversifier l’économie et de réduire la dépendance aux seuls revenus pétroliers.

La corruption demeure l’un des principaux obstacles au développement. Pendant des années, des mécanismes de détournement de fonds publics, de favoritisme et de contrats irréguliers ont affaibli les finances publiques et réduit la confiance des citoyens envers leurs institutions. Les campagnes engagées par le gouvernement pour poursuivre des responsables soupçonnés de corruption, récupérer des avoirs publics et renforcer les contrôles administratifs sont présentées comme une étape importante vers une gouvernance plus transparente. Leur succès dépendra cependant de la capacité des institutions judiciaires à agir de manière indépendante et durable.

Sur le plan international, l’Irak poursuit une politique d’équilibre. Les États-Unis soutiennent le renforcement des institutions, la coopération sécuritaire et le développement économique. L’Iran, de son côté, conserve une influence importante grâce à ses relations historiques, politiques, religieuses et économiques avec une partie de la classe dirigeante irakienne et certaines factions armées. Le défi du gouvernement est de préserver des relations constructives avec chacun de ces partenaires sans compromettre la souveraineté nationale.

L’économie irakienne reste fortement dépendante des exportations de pétrole. Cette dépendance expose le pays aux fluctuations des cours mondiaux et limite le développement d’autres secteurs comme l’industrie, l’agriculture ou les nouvelles technologies. Pour garantir une croissance durable, les autorités devront améliorer le climat des affaires, développer les infrastructures, renforcer le système bancaire, investir dans l’éducation et favoriser l’émergence d’un secteur privé dynamique.

L’avenir de l’Irak dépendra avant tout de la solidité de ses institutions. Si les réformes engagées permettent de réduire la corruption, de renforcer l’État de droit, d’améliorer les services publics et de créer des opportunités économiques pour une population jeune, le pays pourra progressivement retrouver une place de puissance régionale stable. À l’inverse, si les divisions politiques, les rivalités entre acteurs armés et les influences extérieures continuent de l’emporter sur les réformes, les fragilités actuelles risquent de perdurer.

L’histoire récente montre néanmoins que l’Irak dispose d’importants atouts : une population résiliente, des ressources naturelles considérables, une position géographique stratégique et une volonté croissante de renforcer les institutions nationales. Le pari d’Ali al-Zaidi consiste précisément à transformer ces atouts en fondements d’un État plus souverain, plus efficace et plus respecté sur la scène régionale. La réussite de cette ambition dépendra moins d’une victoire d’une puissance étrangère sur une autre que de la capacité des Irakiens eux-mêmes à consolider durablement leur État et à restaurer la confiance entre les citoyens et leurs institutions.

Isaac Hammouch est journaliste et écrivain belge, spécialisé dans les questions de géopolitique, de sécurité internationale et des transformations du monde contemporain.

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